C’était en octobre, il y a 3 octobre en fait… Allez je vais te raconter un peu petite! Quand je me levais, j’étirais le bras. Il tremblait comme une feuille. J’attendais qu’il touche la canette sur le plancher. Je relevais la tête, je prenais la première gorgée. Si elle était “flat” je savais que j’avais dormi un peu longtemps, si elle pétillait un peu c’était que quelques heures. T’auras remarqué petite que j’ai écris “levé” mais que j’ai pas mis “matin” ou “soir” ensuite, c’était que dans mon monde, il faut que tu saches, il n’y avait plus de soleil, plus de lune, plus de nuit, plus de vie bon, pour faire clair.
Mon système fonctionnait sur deux heures: 8h et 23h. Le début de mon monde, et la fin de l’autre. Il y avait aussi 3h du matin, mais ça c’était déjà loin dans une autre vie, quand je pouvais encore supporter d’autres êtres humains. À la fin de 2004, je pouvais plus en voir un seul, c’est presque vrai, je devrais dire le caissier ou la caissière, sinon le reste pouvait bien crever.
Je les comptais plus petite. Je comptais plus les boulots non plus. Exit les promesses, la propreté, le respect, l’espoir, mon fils, c’est pareil. On jette le bébé avec l’eau de vie, tôt ou tard je te le jure petite. J’avais bien fait quoi, 3 thérapies, plein de Dieux, autant de gourous, j’avais même eu une femme et le fils avec. J’en avais même perdu un que Dieu m’avait arraché de la vie juste pour me montrer comment. Alors petite, t’imagine la raison pour boire encore mieux!
Puis il y a eu ce soir là, je sais pas trop comment c’est arrivé. Je te raconte mais j’ai honte un peu. Puisque c’est la maladie de la honte, une de plus ou de moins… Je te la raconte, juste entre toi et moi. Je pouvais pas être plus sombre, plus triste, plus mort, plus éteint. Je prends le téléphone et voulant plus rien de la vie et de son décor, je me dis que je vais aller m’enfermer dans un monastère, vais me convertir et plus parler, vais… alors je prends le téléphone, j’appelle un prêtre, il me file un numéro où appeler… quand on a répondu à cet endroit, c’était un hôpital psychiatrique ou un truc du genre.
Alors j’ai jeté le Dieu avec l’eau de vie et le bébé qu’il m’avait arraché, puis j’ai commencé à appeler à tout plein de centres, il y en a un qui a bien voulu ne pas attendre au lendemain pour me prendre. Il savait qu’il avait rien à faire d’une dépouille au petit matin. C’était il y a 3 ans, plein de centaines de dodos, j’ai plus jamais retouché une canette, ni appelé un prêtre, j’ai repris un fils ailleurs, celui qui me restait, je suis allé me bercé un peu contre la vie, petite, et tu sais, même si c’est pas toujours, même si comme dirait Sarko, ça donne pas davantage le droit au bonheur, au moins, ça ne l’empêche surtout pas.
Je voulais juste te dire persiste petite, comme je me le dis à moi-même, chaque jour, depuis celui-là en octobre 2004.






Vous me touchez grandement Monsieur! Je ressens dans votre texte l’espoir, un espoir si fragile mais possible. Je vous remercie et je vais m’inspirer de votre histoire pour me donner la force de persévérer.
”Nous avons admis que nous étions impuissants devant l’alcool que nous avions perdu la maitrise de nos vies.”
Bon 20/4 H. gang!
Wow vraiment touchant
Tomber c’est humain, se relever c’est divin et rester par terre c’est sans dessein
Un bel exemple de divinité de votre part
C’est magnifique ce texte. C’est grandiose d’honnêteté et ca respire le gars qui s’en est sorti. Je suis sans mots finalement.
@ espritsain: Ne te reste qu’à toucher cette partie de toi que tu engourdie!
@ gaétan: Nous en sommes venus à croire…
@DavidB : Merci, je vais tâcher de m’en occuper dès ce soir!
@Délire: … (sans mot)
Des mots pour les maux. Et tellement réels qu’on (que je, en fait) les espérerais venant d’ailleurs… Je dévore les vôtres, pourtant. Des mots, que des mots. Mais entre ces lignes, tellement, tellement, d’abnégation et d’ouverture. Du fond des trippes, qui me chatouillent, merci.
Fabuleux… mon “oct 04″ à moi était en nov 06… ce p#tain de combat est encore quasi quotidien, mais je m’accroche et j’y arrive ! et oui, parfois, moi aussi… j’ai soif !
Vous dire à quel point la lecture de vos articles me fait du bien serait un euphémisme… je me sens tellement moins hors normes… Merci !
Soyez la bienvenue ici Diane-Ève, c’est souvent question du rétablissment, pas toujours mais ça tourne pas mal autour. Content que vous y fassiez un petit nid de pensée. Restez tant que vous voulez!
L’effet de l’ivresse est parfois d’abolir les scrupules amers des sentiments… Vous savez si bien parler, il n’y a pas de mots pour vous réconforter…
Tant de lucidité dans vos propos qui doivent s’en trouver plus souffrants encore..
Z’êtes la preuve de cette phrase de M. Churchill : ” J’ai retiré plus de choses de l’alcool que l’alccol ne m’en a retirées” Courage xx
@ Mandoline, je l’aime bien cette phrase de Churchill, vais me l’écrire sur un mur!
Au plaisir et merci des bons mots!