Je vous ai jamais parlé de ma relation avec la radio. Peut-être un peu, si! Quand je vous parlais de ma petite place dans le placard, dans notre chambre à trois enfants, souvent cinq. Ce petit coin d’intimité que je me gardais, mon espace à moi, là où je me racontais pas mal de choses.
Mon père était un tantinet fortuné. C’était pas pour changer grand chose, dans ce temps-là, les divorces se réglaient comme des batailles de saloon, ma mère, les enfants plein les bras, a pas dégainé la première. Quitte pour une pension à chier et un demi sous-sol, 3 pièces et demi, vous le savez tout ça, j’ajouterai pas une couche de pathétique. Dites même pas merci.
Alors voilà. En cadeau le père m’avait filé un “kit électronique de 100 montages” qui était composé d’un tas de fils qui, connectés à différentes bornes du plateau, permettaient de réaliser certains trucs utiles. Ça allait d’un détecteur de liquide, un système d’alarme, un gazouilli d’oiseau électronique, une sirène d’auto de police, enfin, vous voyez toute l’utilité de la chose pour l’imaginaire débridé d’un enfant de 8 ans.
Sur les 100 montages, deux avaient retenu ma pleine faveur. Le premier, une lumière, toute simple. Tellement que sous les draps, j’avais qu’à mettre l’interrupteur sur “on” et j’étais quitte pour lire et lire des heures sans qu’on me les casse. Parce que vous saurez que lire chez-nous, comme rêver, c’était un luxe hors-de-prix. Il y avait aussi un autre montage, plus complexe celui-là, mais si parfaitement adapté à notre pauvreté, une radio au cristal!
Qu’est-ce que c’était? Je vous le file en mille. Une cinquantaine de fils qui bien branchés, n’avaient absolument besoin d’aucun courant pour recevoir les ondes et transmettre le tout à la toute petite écouteur que l’on se flanquait dans la cire d’oreille. Chez-nous, on savait comment faire pour pas échapper le peu qu’on avait. Les choses restaient en place.
C’est ce soir-là, celui-là où pour une fois j’ai eu le choix des stations, surtout celui de ne pas écouter CKAC, c’est ce soir-là donc que j’ai découvert Radio-Canada. Je n’écoutais plus, maintenant j’entendais. On ne parlait plus à la radio, on me parlait. Exit les nouvelles, les reportages avaient des sons d’ambiance, l’environnement autour de l’événement. On me transportait.
Un documentaire radio devenait une aventure. On était à Montréal? Le bruit des voitures pendant quelques secondes, les klaxons, les marcheurs et le bruit sourd des conversations quand elles s’emmêlent. Sur une ferme? Beuglement de vaches, le chien qui aboie, le pas des chevaux, les balles de foins qu’on entassent tandis qu’elles frappent contre le mur de la grange. Je m’occupais des images, eux du sons. J’avais un monde. Mes frères étaient pauvres, pas moi, j’étais ailleurs, eux ici, à côté, mais si loin aussi. On est à des milles, quand on rêve, de ceux qui habitent leurs désespoirs.
* * *
Souvent ma vie m’amène sur la route. Parfois, et c’est malheureux, c’est sans la fêlée. C’est le soir souvent. Comme ce soir donc, alors que je revenais, alors que j’ai pris ce malin plaisir pour pas être trop loin, de synthoniser Radio-Canada. Allez, je vais pas vous dire que j’aime tout, même que j’aime pas mal peu. Mais je veux juste vous parler de ce bout que j’aime bien. Cette tentative absente d’essayer de me plaire. Cette manie que l’on a souvent ailleurs de me “formatter”, de me donner ce qui peut entrer, sur mesure. J’ai aimé que l’on me parle de Londre et du drame que c’est d’enlever les cabines téléphoniques! Vous le saviez vous que c’est devenu un objet patrimonial une cabine téléphonique en Angleterre? Le Louvre, la gouvernance française en a marre que trop d’oeuvres soient dans les caves. On décentralise les musées, ça s’en vient dit-on. Des musées satellites! Vous le saviez aussi? Bravo, moi pas! Parait qu’en Afrique ils veulent plus du tout qu’on envoie de pompe pour les puits. Se les font voler, c’est ensuite revendu pour des riens. Savez ce qu’ils veulent? Qu’on cesse d’agir en colonisateur quand on aide! Ça m’en doutait un peu. Mais pour les pompes, savais pas. Vous saviez, je sais, mais pas moi.
Il y a 3 ados aussi, quelques part à Granby je pense. Ils veulent reprendre la ferme. Cinq générations. Ils vont tenter leur chance. Treize, quinze et 19 ans. On entendait les vaches, les “bales” de foin, le grattage de boose et tout. L’enfant sandwich expliquait qu’il souhaitait pas aller en ville, trop de bruits, trop de gens, trop de trop de tout.
Allez pas lui dire qu’il faut pas qu’il pense comme ça, parce que si ça continue, j’entendrai plus une vache à la radio. Allez, à demain. Priez pour le dell en attendant qui chauffe encore trop!





19 commentaires
Désolée j’ai pas eu trop de le temps de te lire… aréna etc…
mais on a perdu la petite t’as vu ?
Nonnnnnnn? J’y vais Juliette… J’ai pas autant de temps que je voudrais mettons! Et un dell qui chauffe lol
C’était bien comme petite anecdote d’enfance! Je vais aller dormir maintenant et prier pour que le Dell fonctionne!
Cher Alcolo,
Etant une génération avant toi, le cristal était remplacé par un petit blog de galène qu’il faillait serrer dans une sorte de pince crocodile à se confectionner soi-même. Il fallait chercher le point “sensible” (je n’ai pas dit le point “G”) avec l’épingle car donner contact ne suffisait pas. Au moindre choc, tout était à régler à nouveau…
La bobine devait aussi être fabriquée avec un bout de carton qu’on découpait (rainures).
Seul l’écouteur devait être acheté…
Amitiés
moi, la route, je la taille pas mal, et heureusement qu’il y a la radio pour nous accompagner… c’est sûr qu’on en apprend et qu’on imagine un brin, mais bon, y en a à jeter aussi, allez, hop, on change de fréquence…
Bah moi je le savais pour les cabines téléphoniques à Londres… pour le Louvre aussi… normal, j’suis en Europe!!! (j’écoute la radio dans ma voiture, moderne la fille!!!!) Par contre des nouvelles de chez vous, on en a pas assez, chers cousins!!!… sauf hier, à la radio, où ça disait que votre vague de froid était EXCEPTIONNELLE… info ou intox????
@La Véro: pas vague de froid, raz-de-neige (et ras-le-bol!) Il ne fait pas si froid, même que je dirais que l’hiver est clément cette année. Pour le froid, pas pour la neige! Pas vu autant de neige depuis 1971.
@Alcolo: j’aime bien cette image de ti-cul sous les draps qui s’use les yeux et lis ce qu’il peut…J’avais ce genre de refuge, la voisine m’avait donné une lampe de poche en secret, et me fournissait en piles…
J’aurais aimé retourner dans le temps et vivre la radio avant que l’image arrive…Comme les livres, la radio a toujours stimulé mon imaginaire…
Pour avoir co-habitée mes nuits avec une soeur plus vielle et pour qui ma seule respiration dérangeait la nuit , combien de fois je me suis retrouvée aussi dans le coin de la chambre ou en dessous des draps à lire et écoutée de la musique .
L’oreille tellement coller sur l’appareil de radio car ayant pas d’écouteur et surtout il ne fallais pas déranger mon dragon de soeur .!!!
Dans les années fin 70 j’ai 10 ans c’était comme ça aussi chez nous, La radio une place importante dans ma vie,si même plus que la télé.
Et aujourd’hui quand ma soeur embarque avec moi dans mon auto je met la musique dans le fond …hahahaha
douce revange à mon coeur de ptite soeur délinquante.
merci de ce petit retour en arrière..:)
* oupss les année fin 60 début 70 au lieu de fin 70 loll je me rajeunis moi ,,, mais je l’ai prendrais bien moi les 10 années de moins ..lolll bonne journée
@DavidB: Prie aussi pour que ma patience soit proportionnelle à sa lenteur.
@Armand: Bénissons cette époque où le Point G n’était pas une préoccupation.
@Jenfi: Les paysages aussi savent bien nous accompagner, du moment qu’on oublie pas de regarder la route parfois.
@Véro: Non non, pas de vague de froid, de neige seulement !
@luciousloba: Vrai que sans l’image pré-mâchée, on a cette capacité à s’en faire!
@ti-pissenlit: merci de votre passage, d’avoir pris le temps de raconter, et même de corriger !
Homme, quand tu parles radio, tu t’adresses à mon coeur… d’animal. La radio est, pour moi, MA passion. Je ne pourrais vivre sans. Period.
Contrairement à mon Mammouth, je suis définitivement télé. Mais j’ai appris à aimer la radio. Je m’ennuies même de Jacques Boulanger, qui a accompagné nos déplacements Gatineau/Montréal de nombreux dimanches, c’est tout dire…
J’ai moi aussi la nostalgie de cette époque où la radio avait une place importante à la maison. tous les jours, entre 12h et 14h, mon père allumait le transistor sur Europe 1. on commençait par jouer, puis à 13h, les infos, et à 13h30 on partait pour 1/2 heure d’histoires vraies racontées par Pierre Bellemard. (tiens, je sais même pas comment ça s’écrit…). C’était génial. Quant à mes activités nocturnes, elles étaient un peu différentes… j’enregistrais mes leçons d’histoire ou d’anglais en fin d’après midi et lorsque j’allais me coucher je me les passaient en boucle dans les écouteurs de mon walkman. Pour Apprendre en dormant. et ça marche !!!
héhé MJ et Mammouth, sur fond de complémentarité.
Un jour, devant un poudding au riz du Madrid, on vous racontera à quel point radio et télé ont contribué à “fonder” notre famille… Mais ça, c’est une autre histoire…:-)
Eurk !… le poudding au riz MJ… même pas en situation de famine. Mais le Madrid, oui, pour les dinosaures.
Dinosaures? Hum? On m’a sonné?
Haha Mammouth et le sens du timing !
Oui oui ces bidules à pile je me rappelle. Et puis voyager au travers ses rêves t’as raison aussi. Jeune on s’évade comme on peut. Moi c’était le catalogue Eaton…-)
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[...] culpa, mea maxima culpa Certains sont radio (Mammouth et Alcolo entre autres), je suis télé. Définitivement télé. J’ai besoin de voir. Je veux pas le [...]