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honte J’hésite toujours à vous raconter des choses intimes ici. C’est pour plein de raisons d’ailleurs. J’en ai exposé une assez clairement dans ce billet, la fêlée l’avait fait beaucoup mieux que moi d’ailleurs dans celui-ci. On refera pas tout le propos, surtout que c’est pas souvent qu’on le fait pour que ça donne quelque chose.

Dans cette longue thérapie que je me suis offerte pour lutter contre l’alcoolisme, je dois bien avoir vu passer 200 personnes. Pour combler l’endroit, il en fallait 24. J’ai vu bien 10 fois tout l’environnement se refaire à neuf là-bas. Ce programme qui devait durer de 6 à 9 mois, j’y suis resté 14 pour bien consolider la chose. J’en ai même rajouté 6 en suivi pour être bien certain que je désirais vraiment m’assurer du bonheur.

Tous les échecs que j’ai rencontrés, chacun auquel j’ai pu assister tiennent sur trois points majeurs:

  • La négation;
  • Le désir sincère de ne faire que cesser de boire;
  • L’orgueil.

La majorité donc de ces échecs étaient dûs à cette incapacité de se dire. Des soifs entretenues durant des jours et des semaines, parce que non dites. Des comportements qui sentaient la rechute à des kilomètres mais qui arrivaient mal à masquer la détresse profonde du sentiment de vide que peut laisser parfois la vie sans le verre. Des mois à chercher la fuite dans tout ce qui gèle et qui saoule mais qui ne se boit pas. Taire la soif est une chose, nier son mal de vivre et sa capacité de se geler dans tout ce qui peut créer un high ne menait qu’au même endroit, en bout de ligne.

Je vais bien ne t’en fait pas. Puis le silence. L’orgueil. Pourquoi? Parce que c’est chiants parfois quand l’écoute ou l’entraide font plus compliqué qu’un croustade aux pommes. Parce que je vous disais un truc aussi, il y a quelques jours seulement je crois…

Les voix, quand elles tremblent, c’est pareil que les feuilles. Si vous attendez un peu, si vous faites un certain nombre de silences, alors les automnes de la vie vont les casser sans rien dire.

La soif elle part, elle part toujours parce que je n’y cède pas. Elle part parce que je joue pas les curés qui ont la vocation et qui passent une vie de soutane en niant la tentation. Parce que je change ma vie comme je le peux, en tentant de devenir un meilleur être humain, mais surtout en ne réussissant pas toujours, comme en ce moment, comme depuis quelques temps. Ça aussi le taire serait dangereux, c’est souvent ce qu’on aime bien d’ici d’ailleurs, cette facilité que j’ai à vous dire que je suis tellement pas si bien que vous le pensez!

ope Je vous le dis pas souvent mais je suis pas un bien bon ami. Demandez-le aux deux Pierre. Le premier, sa femme m’a annoncé que je l’avais manqué de peu, au bout de sa corde. J’ai encore la lettre qu’elle m’avait envoyée pour me rappeler où ils vont, les mots qu’on a pas pris le temps d’entendre et l’amour inconnu, que nul n’a découvert!*  “T’étais un fils pour lui!” écrivait-elle. Je l’ai même pas envoyé chier.  Y’a l’autre aussi, lui la vie l’a fait pour lui avant qu’il ne se le fasse. Pareil comme l’autre, parti sans que je le sache. Avouez que je mens pas quand je vous parle de mes qualités d’ami.

Tiens prenez l’autre, le Grand Gris. Il s’est prit l’idée de s’éclater un peu, puis une veine aussi, en pleine tronche tant qu’à faire. La moitié du corps a fait du pictage, l’autre voulait travailler. J’ai changé ses couches, 6′3 de merde à laver, des week-ends durant. L’est mort pareil. Seul aussi, le seul week-end où je pouvais pas être là. C’est venu me rassurer, je suis pas seul à maltraiter ceux que j’aime.  Le Grand Gris, nos derniers moments, c’est des dons de merde et de se sauver quand j’ai la tête ailleurs.

J’ai mis des années à pas trop vouloir investir. Je suis meilleur le coeur serré. Je fais bien quand il faut éloigner. Je maîtrise l’art de repousser.  D’ailleurs, la dernière fois que j’ai aimé un homme, on s’était juré de jamais se laisser tomber. On allait plus jamais se saoûler, c’était surtout comme promesse, à cracher au ciel quitte à ce qu’il nous tombe sur la tête, avant même que la morve ne revienne. Il a finit saoul avant le troisième paragraphe de ce billet. En tôle question de marquer le coup. Depuis, sa mère va mieux.

* * *

Vous arrivez ici de plein de façons. Certains en sautillant, d’autres venus faire chier, d’autres trébuchent sur une phrase, se révoltent, se revisitent, ceux-là habituellement, surtout les derniers, on se raconte nos vies en courriel pour éteindre nos feux.  C’est comme ça qu’il est arrivé. Comme un cognac coupé d’eau. Fifthy d’audace, fifthy générosité, à vous chauffer la gorge et apaiser vos tripes.  Ceux-là comme le cognac, ils me font un peu peur, on peut passer des heures à se raconter des salades et la vie.

Puisque les bons mecs arrivent jamais seuls, on a connu cette celle aussi, un happy hour que je vous dis cette rencontre, la tendresse longue comme ses jambes, des yeux de mer à carte postale, la candeur de ceux qui croient en la vie, le bonheur aussi de celles qui enfantent des beautés d’ailleurs.  On a tout pris l’épouse et moi, le bonheur et les enfants, le bébé et les sourires, cette celle qui cache pas sa crainte derrière l’assurance consommée des faux-culs, cette celle dont les yeux font juste dire que ce serait bien être la meilleure maman du monde.

C’est pas des rêves étroits que de rendre heureux un enfant. C’est d’ailleurs assez chiant ceux qui se fichent d’encombrer le monde. Tant qu’à ajouter des bouches à nourrir à une planète qui sait plus en supporter, aussi bien passer sa vie à vouloir qu’elles soient heureuses. C’est ce qu’elle fait à coup de tendresse, de charmantes maladresses aussi, quand je vous dis que les incertitudes ont leur charme.  De toutes façons le père est occupé lui aussi, dans la nature comme dans les choses, à faire la vie meilleure et à coups d’autrement, en inventant du bonheur là où il pousserait même pas une roche.

* * *

J’ai appris peu de choses du départ de Grand Gris et des deux Pierre. Même que ça tient presque en ces petites choses qu’il me reste de moi. J’ai qu’un vague souvenir, sinon, que ce serait bien que ceux-là qui arrivent dans mes amitiés sachent tout de suite combien je les apprécie, surtout depuis ce jour des départs où j’ai compris qu’on a rien à voir avec les au revoir des autres.

* Ce sont là des paroles de la chanson “Les Rendez-Vous” de Claude Léveillé.

memoire Bon allez! On commence à se connaitre un peu mieux, vous semblez avoir saisi que je suis un alcolo, si jamais vous l’oubliez, fixez pendant 60 secondes l’url de mon blogue devrait suffire à vous ramener à l’essentiel.  J’avais choisi de pas en discuter avec vous. C’était dans les pudeurs que j’aime à conserver, la partie de livre que je tiens bien cachée, je crois même qu’elle va m’en vouloir qu’on le découvre ensemble. M’enfin, on est pas à une déception près dans une vie avec un ivrogne. Même que de vous en parler me demande tellement que je me suis pas emmerdé à corriger les fautes. Z’êtes même pas obligé de me pardonner!

Puis c’est de la faute de ce billet de la petite aujourd’hui, je vous en file un extrait, vous avez même le droit d’aller le lire complètement, la seule chose que je vous interdis de faire, c’est de vous mettre à donner tout un tas de conseils de marioles.  Si l’envie vous prenait, allez faire un tour ici et lisez les commentaires, ça passera! Alors petite, elle dit ceci:

Une autre chose que j’ai réaliser c’est qu’on dirait que les 10 dernière années sont comme perdues, c’est difficile à décrire, mais j’ai l’impression d’avoir stagné, oublier, et que hier était voilà 10 ans [...]

Alors c’est de ta faute si je le raconte petite. Alors voilà, c’est dans le bureau d’un psy, c’est après un delirium tremens sévère et une hospitalisation pas moins jojo.  Alors il me regarde ce mec, droit dans les yeux, le dos droit comme ses diplomes sur les murs, puis me dit d’un trait:

-  Vous allez pas vous souvenir monsieur l’alcolo.  Vous avez continué de boire sans m’écouter, vous vous êtes foutu pas mal des complexes B qu’il vous fallait prendre que je vous avais dit, sans compter que vous buviez avec vos pilules, alors on en est là.

-  Mais j’ai écris beaucoup doc!

-  Vous allez difficilement pouvoir mettre des images dessus monsieur l’alcolo, qui répond froidement le doc.

-  Ben pourtant j’ai l’impression de me souvenir quand même, je veux dire, me semble que c’est clair, je peux encore le voir, le serrer en mémoire, le…

-  Vous le serrez en imagination, dans la représentation que vous vous faites de l’histoire que vous avez écrite et que vous vous racontez.  Vous vous racontez votre fils, les photos aident à représenter en image la chose.

Je te raconte pas les larmes et la crise ensuite petite. Il a été gentil et patient, sans jamais me manifester moins de froideur ou de distance pour autant. J’en étais à mes dernières négations, mes derniers sursauts de dignité pour faire croire qu’il restait un peu de mémoire. Puis il a lâché le morceau, on achève jamais un ivrogne à moitié quand on veut le sevrer pour de bon.

-  Vous souffrez du syndrome de Korsakoff à un degré que je dirais moyen. Chez-vous ce serait antérograde .

-  C’est quoi sti?

-  C’est le peu de souvenir que vous en avez… de ce moment loin. Ce sera la même chose pour beaucoup de moments. Vous savez votre vie, vous ne vous en souvenez pas. Avec le temps, il va vous falloir compter sur votre mémoire pour vous souvenir de votre vie. Forcémment vous n’êtes appelé qu’à l’oublier lentement.

Faut que tu saches qu’il m’avait averti souvent petite. J’avais aucune excuse. J’avais pas seulement choisi souvent le verre plutôt que d’aller le chercher le vendredi soir, j’avais pas seulement choisi la bouteille plutôt que de l’empêcher de pleurer devant la fenêtre où un père se montre pas encore, j’avais choisi le verre malgré la menace de Korsakoff qui effaçait doucement des souvenirs, un à la fois, avec l’appétit d’un assassin.

J’ai pas la force ce soir de te raconter petite tout ce que je vois plus quand je ferme les yeux, même si je tente si fort, chaque fois.  Une fois l’an je soupais avec sa mère, je m’arrangeais un peu en cachette de son intelligence pour qu’elle me raconte des trucs de l’enfance de fils, pour les bouts qui manquent, les grands bout qui manquent. Souvent la nuit je vais relire, je relis ma vie, j’ouvre plus trop la boite à photos, je reconnais les gens sur l’image mais je ne sens pas les moments, d’ailleurs une copine aujourd’hui m’a envoyé un courriel, elle m’écrivait “tu connais un tel?” Je lui ai pas répondu, presque pas. Il m’aurait fallut lui raconter tout ce billet et j’ai juste eu la force d’aller chialer un peu seul aux chiottes.

Je fais pareil quand mon fils me raconte des trucs du passé. Il se bidonne souvent, je ris aussi, il me raconte notre vie, j’essais ensuite de m’en souvenir. Rien de celà n’est à l’intérieur de moi, pour la grande partie de ce qu’il me dit, c’est dans les pages que j’ai heureusement écrit, sans quoi, pour toutes ces années, je ne serais rien, jamais passé dans ma propre vie.  Je devrais raconter que des bribes de souvenirs, comme je fais souvent ici, en mettant beaucoup de textes aussi, pour pas épuiser le peu que j’ai à raconter.

J’ai un fils mais je sais pas trop les autres moments, pas tous les moments, trop peu de moments. Je te dis pas que tu souffres de ça petite, mais je te dis ça pour que t’y pense avant. Parce que pire que pas avoir d’enfants, c’est de perdre des grands bouts qu’on a eu de vie avec lui. Je voulais te dire aussi que ni la prière ni l’espérance ni la sobriété n’ont réglé les effets de Korsakoff.  Je cherche encore désespérément mes images intérieures de lui. J’ai encore à souffrir de ma pauvreté de souvenirs de ma fêlée quand elle était mon adolescente au cul d’enfer à l’école, tu me permettras maintenant d’être aussi assoiffé de chaque souvenir que je peux me faire d’elle maintenant.

Puis je voulais te dire à toi Véro que si demain je suis un peu revenu de ce que me fait vivre le billet de ce soir, je vais te raconter aussi pourquoi certains pères ivrognes préfèrent de loin se faire détester que de devoir oublier avoir aimé.

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Le syndrome de Korsakoff est causé par l’alcoolisme chronique (possiblement dû à une carence en vitamine B1). Les dommages cérébraux de ce syndrome amènent une amnésie antérograde qui va en s’aggravant. Celle-ci peut aussi s’accompagner d’une amnésie rétrograde (les souvenirs les moins anciens disparaissant les premiers). Souvent totalement inconscient de son trouble, le malade répond aux questions en fabulant, avec une sorte d’euphorie qui conduit aussi à de fausses reconnaissances. Mais la caractéristique essentielle demeure un oubli à mesure, une amnésie antérograde avec conservation de la mémoire immédiate.

C’est pour ton retour petite. C’est juste pour toi. Personne va cliquer pour l’entendre, s’ils le font ils pourront pas entendre les mêmes mots que toi, ils pourront jamais sentir cette chanson comme toi et moi, elle et lui, elle a été écrite pour nous dire qu’il se peut qu’il fasse soleil, comme ce matin, comme demain. Allez amène-toi, fermes les yeux, les mots vont trouver leur chemin, il y a pas assez de poussières sur ton coeur malade pour l’empêcher de comprendre ce qui se dit dans ces quelques mots.

soif2  Ce soir je vais te décevoir. Puis elle aussi peut-être. Puis faire peur à elle un peu. Ce soir si tes lecteurs atterissent ici pour trouver un beau grand truc, plein des silences que tu dis criants et des lettres qui font de drôles de notes, on va les envoyer là, ça va leur filer une claque et faire que t’auras pas menti.  Arriver première dans le French Canadian Patente Award a ses obligations de rigueur.  Puis l’autre que je vais décevoir, c’est même pas ma faute. Puis celle à qui ça fait toujours un peu peur dans ce temps-là, ben elle va continuer de faire semblant de pas prier tout en conversant comme une fêlée avec ma grand-mère qui avait promis de me filer un coup de main dans ce temps-là.

J’ai soif.

C’est pas la première fois, c’est pire qu’une crampe d’impureté qu’on tente de calmer devant un campus de nymphettes qui vous retiennent prisonnier. J’ai soif, la soif souffrante que ressent l’ivrogne. Petite elle va d’ailleurs sûrement garder l’oeil sur ce qui se passera ici, vous seriez gentils de pas lui donner raison qu’on est un peu débiles en écrivant toute sorte de conneries de génie dans mes commentaires, Petite elle a soif aussi, assez pour décider de modérer la bouteille, et puisqu’elle est pas alcolo, ce serait bien que vous lui fassiez pas complètement peur de le devenir!

Mais j’ai soif.

Dans ce temps-là mon cerveau il se met à se dire tout un tas de trucs, à négocier avec tous les arguments que la maladie, aussi pernicieuse soit-elle, peut trouver pour vous mener en bateau. D’ailleurs, le mot ivrogne a la drôle de connotation qui laisse à penser que j’aurais pu boire de l’alcool à friction habillé comme un clochard, pourtant, j’ai peut-être été à vos côtés dans vos virées des clubs m’as-tu-vu alors que j’étais bien souvent triste de voir ce que vous donniez à votre palais comme torture liquide pour des raisons économiques. J’aimais boire, et je traitais ma passion en lui offrant des maîtresses de ce nom. La vie me les parade encore, il m’arrive souvent d’avoir envie de poser mon nez dans leur cou pour sentir les parfums d’avant.  C’est de cette soif, aussi, dont je parle.

Mais j’ai soif.

J’écris “ivrogne” parce que dans cette solitude aussi, j’étais tout à fait capable d’apprécier une canette ouverte depuis des heures et laissée de côté le temps que le sommeil éthylique passe et me laisse reprendre mes esprit. Ivrogne parce que faute de parfum, la matière de base pouvait faire parfaitement l’affaire. On va pas badiner sur la couleur quand les tremblements sont si sévères qu’on ne peut même plus écrire.

Suis allé voir un groupe d’alcooliques l’autre jour. On a une règle sur l’anonymat entre nous. L’un deux a pas jugé important de la respecter. Je me suis ramassé dans de drôles de situations qui appellent au pardon et à quelques joyeux “je vous salue Marie!” Mon métier permet pas plus qu’au chirurgien de vous faire penser que je peux me tromper. Depuis j’ai écarté l’idée de retourner dans des groupes d’entraide à moins que ce soit bien loin de chez-moi. Même là je n’ai jamais cette garantie de passer tout à fait incognito.

C’est pour ça que je vous aime et que je vous garde ici. Même que malgré tout le respect que j’ai pour ce mec que j’aime à lire souvent, pour l’éthique et pour le contenu, je persiste à croire que l’anonymat est ce qui me sauve la vie, chaque soir, chaque fois où pas mal bourré de tristesse, j’ai soif.  Ce sera pas pour aujourd’hui que j’irai lui donner raison à la soif, même qu’elle m’a déjà torturé davantage, dans ce temps-là, souvent, comme je l’ai suggéré à la Petite, “si tu allais voir à ma place si on peut y arriver à seulement quelques verres”. Puis, surtout, je les supplie de revenir en un seul morceau, le coeur pas trop brisé.

Bon je suis passé par chez-toi petite. C’était même pas exprès, c’était en écoutant Birkin, “Quoi”, c’était presque en même temps qu’elle dit “J’aimerais que la terre cesse de tourner pour descendre!”  Tout juste après qu’elle dise “Toi t’aimerais mieux mourir que de te rendre.”  M’enfin, j’prends un détour plutôt qu’un raccourci, je suis jamais très brillant quand vient le temps de dire ce genre de truc.

Tu vois, le bout de ton billet où tu finis par admettre ton alcoolisme, il me rappelle un truc qui me laisse toujours sourire.  C’est d’ailleurs bien que ce soit aujourd’hui, je suis pas sans en avoir besoin.  Parce que quand des gens comme nous disent pour la première fois “Je suis alcoolique!”, c’est presque que comme le coming out de l’homosexualité de Daniel Pinard, on était bien les derniers à penser qu’il en restait pour pas savoir.

C’est comme ensuite, quand on tient toute sorte de conversation pour noyer le poisson, on est bien les seuls à penser qu’on en mène tout un tas dans notre barque à rationalisation!  Tu te souviens de la rationalisation petite? Je t’en parlais dans un de mes commentaires, c’est la maladie qui fait qu’on prend toute sorte de moyen pour se faire avaler à soi en même temps qu’aux autres que tout va rondement, même après un verre de rechute.

Va pas penser qu’on est les seuls à en souffrir! Rassure-toi! On est des tas! Ma mère a rationalisé chaque jour de plus qu’elle a enduré notre père qui frappait autant qu’il mentait comme il respirait jusqu’à nous étouffer.  Ma grand-mère rationalisait chaque fois qu’elle disait que ce serait bien de pas regarder juste ma consommation, parce que c’était bien la faute à mon père et sa manie d’ouvrir notre porte un peu trop tard certaines nuits.

C’est la maladie aussi de tout ceux qui disent que c’est pas leur faute, c’est pas si pire, c’aurait pu être cent fois plus odieux, c’est parce que… C’est la rationalisation, c’est la porte ouverte ensuite sur une honnêteté parallèle, qui nous pousse dans cette solitude, dans notre raisonnement qu’on croit même plus, dans notre souffrance toute inchangée au-dedans mais présentée toute maquillée au dehors. Rationaliser la rechute, c’est lui donner l’essence qui lui faut pour qu’elle dure et dure.

Alors quand on commence à voir le jour, on prononce “Je suis alcoolique.” Exit les négociations avec soi-même et l’autre réalité, exit les mensonges à soi au nez des autres. On se libère. Aussi libre que le gai qui cesse de tenter de se marier, remarque que sans certains d’entre eux, je serais pas au monde.  Exit les chances que l’on donne à la maladie de revenir nous chercher, gonflée des raisons qu’on peut lui inventer. Le bonheur est jamais loin ensuite, jamais certains non plus, mais authentique, pur, vrai.

Je suis passé par chez toi petite. Cet après-midi on m’a dit que trente ans c’était déjà vieux, que nos peaux étaient plus celle de ceux qui ont vingt ans, que nos formes disparaissent pour renaître plus moches.  J’ai regardé la jouvencelle qui me flanquait ça au visage, sans lui dire que je suis mort en octobre 2004, pour renaître un lendemain, autrement.  Mon nouveau coeur et l’amour dedans fait pas son âge, tant que je lui redonne pas, bien sûr, la crève de la bouteille.

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Bon demain là on va vous mettre le bulletin de nouvelle en ligne. Ce sera demain parce qu’aujourd’hui, comme je disais à la petite, le bonheur étant pas toujours certain, il semble être allé un peu ailleurs. Alors vous allez quand même pas jouer les égoïstes en me demandant en plus de faire le clown. Il serait triste.

Quand il me prend une colère j’ai une sorte de Dieu, une espèce de force qui se pointe pour me placer un truc dans ma vie qui me fait réfléchir. Ce soir, juste après l’autre billet, ça a été la lecture de celui de la petite.  Elle cherche la foi, elle la cherche comme lorsque l’on se noie, elle la cherche comme au dernier souffle, comme juste avant de partir, de boucler la ceinture pour l’autre vie, elle la cherche comme cette condition à faire le voyage, le saut, comme on demande des garanties pour quitter, comme on demande des certitudes pour risquer, comme si risque et certitudes pouvaient aller dans une seule phrase.

Cherchez pas le billet précédent je l’ai tué au feuilleton. C’est venu avec la honte de me laisser emporter. C’est venu aussi avec ce désir que j’ai de ne pas demeurer ou être ce que j’ai désiré changer. Mais bon, il faut revenir à la petite, à la recherche de foi de la petite

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Parce que je t’engueulerai pas! C’est pas ta faute si quelqu’un t’as raconté, petite, que la foi déplaçait des montagnes.  Un jour pourtant, j’ai compris que ceux qui étaient les plus près de Dieu étaient ceux qui avait laissé la montagne là où elle était, avait choisi de la gravir, et du sommet avait planté leur nez dans le ciel pour regarder Dieu droit dans les yeux.  C’était un autre Dieu remarque, parce que le mien, c’était une relation basée sur la crainte, celle d’une femme qui connaît le son d’une taloche, sauf que lui c’était le purgatoire, ma mère elle avait connu les deux, avec le même homme.

Mais là on s’écarte petite!  Je te vois le nez sur cette étape, ces quelques mots… “nous en sommes venus à croire…”  Merde, aussi bien boire.  Pourtant est-ce que je t’ai dit petite qu’aujourd’hui tu es ma puissance supérieure, celle qui m’a guidé pour être meilleur, celle qui m’a imposé de corriger ce qui est le plus dangereux pour ma sobriété, la colère… ma puissance supérieure à moi petite, c’est bien souvent l’alcoolique sobre aujourd’hui, ou celui qui souffre encore.  Garde ça simple… me disait mon parrain.  L’est mort depuis, le faux-frère… sobrement remarque!

C’était en octobre, il y a 3 octobre en fait… Allez je vais te raconter un peu petite! Quand je me levais, j’étirais le bras. Il tremblait comme une feuille. J’attendais qu’il touche la canette sur le plancher. Je relevais la tête, je prenais la première gorgée.  Si elle était “flat” je savais que j’avais dormi un peu longtemps, si elle pétillait un peu c’était que quelques heures. T’auras remarqué petite que j’ai écris “levé” mais que j’ai pas mis “matin” ou “soir” ensuite, c’était que dans mon monde, il faut que tu saches, il n’y avait plus de soleil, plus de lune, plus de nuit, plus de vie bon, pour faire clair.

Mon système fonctionnait sur deux heures: 8h et 23h. Le début de mon monde, et la fin de l’autre.  Il y avait aussi 3h du matin, mais ça c’était déjà loin dans une autre vie, quand je pouvais encore supporter d’autres êtres humains.  À la fin de 2004, je pouvais plus en voir un seul, c’est presque vrai, je devrais dire le caissier ou la caissière, sinon le reste pouvait bien crever.

Je les comptais plus petite. Je comptais plus les boulots non plus. Exit les promesses, la propreté, le respect, l’espoir, mon fils, c’est pareil. On jette le bébé avec l’eau de vie, tôt ou tard je te le jure petite.  J’avais bien fait quoi, 3 thérapies, plein de Dieux, autant de gourous, j’avais même eu une femme et le fils avec. J’en avais même perdu un que Dieu m’avait arraché de la vie juste pour me montrer comment. Alors petite, t’imagine la raison pour boire encore mieux!

Puis il y a eu ce soir là, je sais pas trop comment c’est arrivé. Je te raconte mais j’ai honte un peu. Puisque c’est la maladie de la honte, une de plus ou de moins… Je te la raconte, juste entre toi et moi. Je pouvais pas être plus sombre, plus triste, plus mort, plus éteint. Je prends le téléphone et voulant plus rien de la vie et de son décor, je me dis que je vais aller m’enfermer dans un monastère, vais me convertir et plus parler, vais… alors je prends le téléphone, j’appelle un prêtre, il me file un numéro où appeler… quand on a répondu à cet endroit, c’était un hôpital psychiatrique ou un truc du genre.

Alors j’ai jeté le Dieu avec l’eau de vie et le bébé qu’il m’avait arraché, puis j’ai commencé à appeler à tout plein de centres, il y en a un qui a bien voulu ne pas attendre au lendemain pour me prendre. Il savait qu’il avait rien à faire d’une dépouille au petit matin. C’était il y a 3 ans, plein de centaines de dodos, j’ai plus jamais retouché une canette, ni appelé un prêtre, j’ai repris un fils ailleurs, celui qui me restait, je suis allé me bercé un peu contre la vie, petite, et tu sais, même si c’est pas toujours, même si comme dirait Sarko, ça donne pas davantage le droit au bonheur, au moins, ça ne l’empêche surtout pas.

Je voulais juste te dire persiste petite, comme je me le dis à moi-même, chaque jour, depuis celui-là en octobre 2004.

Tiens je pourrais vous raconter que le retour au travail a pas été facile ni évident, mais ça vous le vivez, je pourrais aussi vous raconter que mon fils a eu son petit frère tout neuf, un vrai de vrai, je pourrais aussi vous dire que la vie m’a même envoyé un membre d’une fraternité anonyme pour venir jaser un peu de sobriété et de bonheur, mais ça, vous le deviniez pas! Allez, je vous laisse sur ce que je vous devais depuis ce matin, désolé du retard, ma femme est moins productive sur le 3d ces jours-ci!

 

Tiens, pour cette année là, pour me faire un cadeau, vous avez tous le droit de prendre une guitare, de gratter ces simples accords, et de laisser Amy Winehouse chanter dans mon salon! C’est même sans danger pour sa sobriété et bon pour elle, je bois pas une goutte!  Allez, je vous laisse écouter la pureté de la prestation, dans de meilleures conditions qu’elle était à ce moment, une image vaut milles mots.